Horst & Keytrade Bank

Their Way: En Entretien Avec Traumnovelle

Avec « Their Way », Keytrade Bank et Horst inspirent leur philosophie commune d'entrepreneuriat et d'innovation à travers une série d'interviews.

Traumnovelle

Avec "Their Way", Keytrade Bank et Horst illustrent leur philosophie commune de l'entrepreneuriat et de l'innovation à travers une nouvelle série d'interviews. Ils présentent les parcours d’entrepreneurs autodidactes surprenants et à l’avant-garde du monde de l'art, de l'architecture et de la musique. Ensemble, nous nous plongeons dans le processus parfois chaotique, mais souvent inspirant, de l'entrepreneuriat. Their Way" présente des histoires fascinantes et des idées novatrices du monde entier.

Ce mois-ci on a rencontré Traumnovelle, un collectif d'architectes militants autoproclamés fondé par trois architectes belges : Léone Drapeaud, Manuel León Fanjul et Johnny Leya. Au sein de leur espace lumineux situé dans un immeuble de bureaux du quartier européen à Bruxelles, Johnny nous a fait part de leur philosophie et de leurs inspirations. Traumnovelle s’est fait connaître dans le monde de l'architecture notamment pour leur commissariat du Pavillon de la Belgique à la Biennale d'architecture de Venise en 2018, et dans le secteur culturel pour leurs scénographies au Horst Festival. Ils sont guidés par des histoires, croient toujours à une “eurotopie” et ont foi en la force qui réside dans la volonté d'essayer, sans pour autant toujours réussir.

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Horst: Allons-y ! Peux-tu commencer par nous dire qui est au cœur de l'équipe de Traumnovelle et comment vous en êtes venus à créer un studio d'architecture sous ce nom ?

Johnny Leya:
Il y a moi, Johnny Leya, Léone Drapeaud, et Manuel León Fanjul. On s'est rencontrés à La Cambre à Bruxelles, qui est une école très intéressante. Par exemple, nous n'avions le WiFi que pendant nos deux dernières années... mais nous avions des professeurs vraiment déments, fantastiques, avec des personnalités atypiques. On a compris d'une certaine manière qu'il fallait créer un espace pour soi-même après l'école, où l'on pourrait embrasser la théorie et la critique architecturale de manière ouverte et soulever les questions que l'on voulait soulever. On a donc décidé de créer un bureau, Traumnovelle, qui était aussi lié au premier projet que nous avons fait ensemble en 2014.

Pendant la troisième année on s'est demandé : Sur quoi doit-on vraiment se concentrer ? Je suis encore un geek ou un nerd aujourd'hui, mais je l'étais bien plus à l'époque. Je faisais des modèles 3D et des trucs dingues. Mais, à La Cambre on était dans une école avec une seule imprimante noir et blanc et pas de WiFi. Qu'est-ce qu'on pouvait apprendre de mieux là-bas ? C'était la théorie et l'histoire. En Chine, vous avez des écoles techniques et des architectes extraordinaires, mais les livres sont toujours ici. On pourra toujours trouver des personnes possédant les outils et les techniques, mais on voulait apprendre comment penser et comment voir les choses.

Horst: Pourquoi le nom Traumnovelle ?

Johnny Leya:
C'est une bonne question. On a 1000 histoires à ce sujet. Je vais vous raconter la vraie version : on devait réfléchir à l'avenir d'un centre d'art, le Bozar, afin d'y ajouter une intervention architecturale. A l'époque où l'on a commencé à réfléchir au projet, on a découvert que Bruxelles était la deuxième ville avec le plus de lobbyistes au monde. Mais où sont-ils et elles ?

Horst: Ils se cachent parmi nous.

Johnny Leya:
Oui. On allait au supermarché et on se demandait "Est-ce que lui ou elle c'est un lobbyiste ?". Et puis l'aspect Union européenne est passé au premier plan. C'était pendant cette crise en Belgique où on n'avait pas de gouvernement pendant un long moment. On a commencé à réfléchir à une histoire que nous avons intitulée "Eurotopia". Dans cette histoire, une guerre éclate entre le nord et le sud du pays. Bien sûr, les francophones et les néerlandophones étaient très enthousiastes à l'idée de prendre le pouvoir. Les germanophones voulaient que tout le monde se calme et crée un nouvel État européen. Nous avons créé cette histoire pour dire de manière extrême que Bruxelles est déjà une sorte de non-État européen ou d'institution européenne. Ensuite, on a commencé à réfléchir : quelles sont les caractéristiques de Bozar ? Pour nous, c'était évident : il devait s'agir d'une boîte de nuit. C'est un endroit où les gens peuvent se connecter et se rencontrer, mais avec toutes les idées romantiques de ce que la nuit peut offrir. Le nom de la boîte de nuit était Traumnovelle, en rapport avec le livre d'Arthur Schnitzler et une vie qui se situe quelque part entre le rêve et la réalité.

"La tristesse est le début de tout. Il s'agit d'être très triste de tout ce qui se passe dans le monde, mais de vouloir quand même créer un peu d'espoir."

Horst: Peux-tu préciser la mission et l'ambition principales de Traumnovelle ?

Johnny Leya:
C'est toujours une question difficile car elle me rend un peu triste. La tristesse est le début de tout. Il s'agit d'être très triste de tout ce qui se passe dans le monde, mais de vouloir quand même créer un peu d'espoir.

Il y a un écrivain que l'on adore, J. G. Ballard, et le concept de méta-modernité. Notre mission est basée sur le sentiment que la situation dans laquelle on se trouve est un vrai désastre, mais on veut traiter de la façon de vivre avec ce désastre - comment l'apprécier, comment avoir de l'espoir, même si on croit aussi au pouvoir du désespoir. Parce que lorsque vous êtes désespéré, c'est là que vous commencez à agir. Un exemple méta-moderne est que vous êtes au milieu de la mer, votre bateau coule, et vous avez deux îles. Sur l'une, vous avez le choléra et la peste, sur l'autre, vous avez des cannibales. Vous devez faire un choix. Vous devez essayer, et c'est ce que l'on fait. Notre objectif principal est d'apprendre comment créer des communautés, et comment l'architecture peut aider à y arriver.

Traumnovelle

Horst: Vous vous définissez comme des architectes militants. Peux-tu nous dire comment et pourquoi vous vous êtes défini ainsi ?

Johnny Leya:
En effet, il est intéressant de s'auto-catégoriser comme militant. On veut simplement se battre pour les différentes choses auxquelles on croit. On essaie, que ce soit par des projets de construction ou de démolition, de lutter pour quelque chose ou d'être contre quelque chose. Bien entendu, c'est un peu plus difficile quand on a des clients qui nous demandent de concevoir des bureaux. Malgré tout, on se demande : "Qu'est-ce qu'on est pour ou contre dans cette situation ?" C'est ça qui déclenche notre processus de réflexion.

Horst: Y a-t-il des organisations ou des projets spécifiques dont vous vous êtes inspirés à vos débuts ? Quelles étaient vos références ?

Johnny Leya:
Des romans, beaucoup. Cela dit, alors que Léone lit davantage de romans, je suis plus porté sur les essais, tout le truc de Foucault. Rem Koolhaas était aussi quelqu'un de très important pour nous, parce qu'il nous a montré la voie vers ce concept d'apocalypse joyeuse, et comment l'adopter. Mais c'est aussi un personnage à aborder avec précaution parce que Koolhaas est à l'avant-garde de la façon néolibérale de tout envisager. Je n'ai pas de noms plus précis, mais on s'intéresse aux pratiques qui font le lien entre les disciplines. Il peut s'agir d'architectes radicaux des années 60, mais aussi de nombreux artistes contemporains, dans la mesure où tout ce qu'ils produisent est le fruit d'une recherche.

Horst: Comment êtes-vous passé de projets purement spéculatifs au commissariat du pavillon belge à la Biennale ? Comment s'est déroulé ce processus ?

Johnny Leya:
Le défi que l'on s'est lancé est de ne pas faire de différence entre un projet spéculatif ou une fiction et quelque chose de physique que l'on a construit. Quand on fait un projet spéculatif, on est seul et autonome, et capable de créer notre propre fiction ou histoire. Par contre, lorsqu'on travaille avec un client, il y a aussi ses histoires avec lesquelles on doit travailler.

Heureusement, nous avons trouvé des clients avec lesquels il a été possible de créer une nouvelle fiction. Notre recherche porte sur des idées auxquelles nous croyons réellement, et du coup on est complètement immergés dans la narration. On propose une alternative ou un autre point de vue, on regarde les choses moins désirables. Il est également évident pour moi que l'architecture est une production culturelle et que toutes les productions culturelles sont des histoires basées sur des histoires. On prend beaucoup de choses pour acquises, comme si elles étaient naturelles. Les nations sont nouvelles, mais on a l'impression qu'elles ont toujours été là. Pour moi, qui viens de Belgique et d'ailleurs, qui suis issu d'un entre-deux, je n'ai pas d'histoire à laquelle me rattacher. La plupart des histoires contemporaines ne sont pas faites pour nous. Elles doivent être complètement démolies, et on doit en proposer de nouvelles.

Traumnovelle

Horst: Peux-tu nous parler d'éventuels problèmes financiers ou logistiques que vous avez surmontés en tant que groupe ou dans le cadre de certains de vos projets ?

Johnny Leya:
Oui, par exemple, la crise de Covid était particulièrement difficile. On essaie constamment de trouver un équilibre financier pour nos projets. Si un projet n'est pas bien rémunéré, c'est l'autre qui doit l'être. Je pense que la difficulté est de maintenir cet équilibre entre les deux. On ne veut pas être coincé dans une situation où l'on doit accepter des projets que l'on ne veut pas faire. On veut rester fidèles à nous-mêmes.

Horst: Avez-vous refusé des projets très intéressants financièrement en raison de vos principes ou croyances ?

Johnny Leya:
Oui. Un château de 15 millions d’euros. Je fais encore des cauchemars de ne pas avoir accepté de travailler sur ce château, mais c'est arrivé.

"Le projet de l'UE a été créé par Altiero Spinelli, un communiste qui voulait "détruire" l'idée des nations en faveur d'une approche populaire basée sur la connexion des personnes. Mais la véritable Union européenne est née d'accords commerciaux et financiers."

Horst: À qui s'adresse Traumnovelle ? Cherchez-vous davantage à redéfinir la manière de penser au sein de la communauté des architectes, ou souhaitez-vous adopter une approche plus compréhensive, axée sur les citoyens au sens large ?

Johnny Leya:
En fait, on croit beaucoup à la collaboration, mais on ne veut pas pour autant faire de l'architecture populaire ou participative. Il faut faire des propositions et en discuter ensuite. On travaille non seulement avec le monde de l'art, mais aussi avec les institutions publiques. Elles sont censées représenter les gens. Dans les discussions que nous avons avec elles, lorsqu'elles sont fructueuses - et la plupart le sont - nous continuons à travailler avec ces institutions. Les politiciens ont pour rôle de défendre les voix qui les ont élus. Et on remarque que c'est ce qui se passe, peut-être de manière un peu surprenante, à Charleroi et à Bruxelles.

Horst: Peux-tu nous expliquer comment vous en êtes venus à vous installer ici, dans le quartier européen que l'on pourrait qualifier de semi-abandonné ? Vous avez également des bureaux à Charleroi. Peux-tu nous raconter l'histoire de ce choix ?

Johnny Leya:
Chez Traumnovelle, on aime les causes perdues - on est un peu romantique. On essaie toujours de trouver de l'espoir. L'idée de l'Union européenne est l'une des dernières utopies potentielles. Le projet de l'UE a été créé par Altiero Spinelli, un communiste qui voulait "détruire" l'idée des nations en faveur d'une approche populaire basée sur la connexion des personnes. Mais la véritable Union européenne est née d'accords commerciaux et financiers. Néanmoins, vous avez toujours la possibilité d'une utopie politique intégrée dans cette grande organisation commerciale. Il faut creuser un peu, mais c'est là. Il y a un architecte hollandais, Berlage, qui a dit : "Construire, c'est servir." Mais pour qui ? Et quoi ? A Traumnovelle, on aimerait aider à construire ce projet européen là.

D'ailleurs, tout a commencé pour nous ici, dans cette partie de Bruxelles. On a vu qu'il manquait d'architecture dans ce quartier, de design, de gens, de plein de choses. On peut alors au moins essayer d'aider à les construire. C'est pour cela qu'on est là. On a donc développé une série de projets : on en a 27 dans le quartier européen maintenant. C'est la même chose à Charleroi, il y a une histoire similaire. À Charleroi, nous avons l'histoire ou la fiction, et nous avons la réalité. On voit ça tout de suite, tous les jours. Que fait-on ? On agit.

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Horst: Comment l'architecture peut-elle, à ton avis, répondre aux problèmes liés à la création d'espaces pour la culture et la vie nocturne ? Ici, dans le quartier européen par exemple, c'est un peu une zone morte culturelle. Il y a eu quelques projets pop-up, comme le projet Every Island à Stam Europa. Comment créez-vous la culture et, plus précisément, une identité nocturne ? Comment penses-tu que l'architecture joue un rôle dans ce domaine ?

Johnny Leya:
Une chose qui nous obsède est l'idée du sublime. Le sublime consiste à éprouver un sentiment intense basé simultanément sur le plaisir et le déplaisir. Et comment, à travers cela, on se sent aussi connecté à un ensemble plus grand, comme la terre. Lorsqu'on éprouve le sublime, on se trouve dans un entre-deux, entre la réalité et le rêve. Pour nous, la vie nocturne est l'un des meilleurs moyens d'atteindre ce sublime. Vous pouvez avoir beaucoup de choses désagréables dans un quartier ou bien un manque de plaisir. En même temps, peut-être que ces éléments déplaisants ne sont que des ingrédients qui attendent qu’un élément plus agréable arrive, et alors quelque chose d'incroyable peut se produire.

La culture est la meilleure chose que l’on ait créée pour connecter les gens et construire des communautés. Je me souviens d'une discussion que nous avons eue l'année dernière sur l'implication de Horst dans les quartiers locaux. Horst est également en train de former une communauté, et cette communauté va continuer à diffuser ses idées. Il n'est pas nécessaire de s'adresser littéralement à 10 000 personnes pour toucher 10 000 personnes. Il suffit de parler à deux personnes, et si on crée un lien, un espace d'apprentissage, on peut déjà avoir un impact important. Peut-être pas, mais au moins on aura apprécié, et on aura appris quelque chose. Il y a un facteur exponentiel, qui fait que même les petites connexions et communautés peuvent avoir un effet de vague sur un groupe beaucoup plus important.

Le quartier de l'UE est un quartier fantastique traversé par beaucoup de gens de beaucoup de pays. Des gens étonnants, mais aussi des gens moins étonnants. Ils sont tous ici pour être connectés à la ville, pour être connectés les uns aux autres. Il s'agit donc pour nous de créer un espace de connexion.

Horst: Peux-tu nous parler plus concrètement de votre expérience dans la réalisation d'une scène pour le Horst Festival ? En quoi vos processus diffèrent-ils lorsqu'il s'agit d'une scénographie par rapport à un projet de construction ? 

Johnny Leya:
Pour la scène du festival Horst, notre travail est lié à cette idée de joyeuse apocalypse viennoise. Il est peut-être temps de dire : "Bon, c'est la fin. Allons-y à fond... Finissons en beauté." On ne voit pas de signes qui disent que ce sera mieux, alors finissons-en correctement. D'une certaine manière, il y a encore de la place pour un peu d'espoir. Quand la révolution russe a commencé, elle a commencé parce qu'ils étaient sûrs que tout était perdu, qu'il était trop tard.

Horst: Y a-t-il d'autres domaines dans lesquels vous pensez pouvoir avoir un impact, ou est-ce que ce sont les intersections que vous trouvez les plus intéressantes ?

Johnny Leya:
Cela renvoie à la question "Pour qui construisons-nous ?" D'une certaine manière, on ne fait que collaborer avec des gens ou des idées. Parfois, les supports de discussion se trouvent dans une galerie. D'autres fois, ils sont dans la rue. Notre outil pour entamer une discussion est l'architecture... l'échelle, la proportion. Cela peut être léger ou concret... mais pas concret au sens “béton”. Il y a des choses que l'on ne peut plus faire en 2022, comme utiliser du ciment. 

La problématique au centre de l'architecture est que vous construisez pour quelqu'un d'autre. Même si vous deviez construire pour vous-même, vous ne vous connaissez pas vraiment. On doit rassembler tellement d'informations. Pour nous, il s'agit vraiment de parler avec les personnes qui savent et de les laisser juger. Ce sont eux les experts. Par exemple, nous avons des projets à Kinshasa. Kinshasa est l'avenir, le laboratoire de demain. Nous n'y sommes pas, alors nous devons vraiment faire nos recherches et faire confiance aux habitants de la région.

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Horst: Vous travaillez souvent avec des politiciens. Est-ce que cela implique d'être happé par les procédures politiques ?

Johnny Leya:
Il y a un enjeu derrière chaque projet. Je dirais que la première chose à faire est, bien sûr, de trouver quelqu'un dont les intérêts vous correspondent. On n'oublie jamais de leur demander ce que le client attend. Car on est tous exploités, peu importe la situation. Il s'agit de savoir par qui, comment, et de définir les termes. Par exemple, vous pouvez me solliciter de 12 h à 17 h, mais ensuite je suis libre de faire ce que je veux.

Horst: Dernière question. As-tu des conseils à donner à d'autres jeunes architectes ou militants qui se lancent ? Quelque chose que tu aimerais dire à ton toi d’avant ? 

Johnny Leya:
Je pense que mon premier conseil serait "Fais-le." Vraiment. Cela me rappelle quelque chose que Virgil Abloh a dit : "Tu veux faire des T-shirts, fais des T-shirts." N'en parle pas, fais-le. Je pense que c'est la première chose à faire. Tu veux avoir un bureau d’architecture, fais un bureau d’architecture. Des clients ? Tu n'as pas besoin de clients pour commencer.

Je suis également fasciné par cet idéal américain, cette philosophie qui consiste à pouvoir faire ce que l'on veut, alors qu'ici, en Europe, tout commence toujours par une critique. Chez Traumnovelle, on pense que c'est mieux de se situer entre les deux. En bref, non, je ne dirai rien à mon moi plus jeune. Ça peut paraître prétentieux, mais en fait, il vaut mieux juste apprendre en faisant.

Horst: Ouais. Peut-être juste, " Amuse-toi bien. "

Johnny Leya:
Oui. Absolument. Amusez-vous !



Interview par Blurbs
Photos par Lukas Turcksin